Aviation Sans Frontières : l’ONG Française du monde de l’aérien

Acteur essentiel de la chaîne humanitaire internationale depuis 1980, Aviation Sans Frontières mobilise, depuis 1968, son expertise et ses avions pour acheminer l’aide d’urgence depuis la France et ses bases à l’étranger. Dans cet article, Baptême de l’air mettre en avant l’action et l’engagement de ces hommes et de ces femmes dans l’humanitaire. Pour cela, nous sommes allés à la rencontre de Dylan DELTOMBE, pilote depuis 3 mois pour cette organisation en République centreafricaine et en République démocratique du Congo. Nous avons pu lui poser quelques questions…

La flotte d’Aviation Sans Frontières est composée de 2 Cessna Grand Caravan pouvant chacun transporter 11 personnes (2 pilotes et 9 passagers) ou 1 tonne de matériel de première nécessité.


Quand de jeunes parents africains, dans le hall d’un aéroport, confient leur enfant à un bénévole revêtu d’un gilet bleu ciel, pour qu’il aille en France se faire opérer d’une malformation cardiaque, c’est leurs vies et leurs espoirs qui remettent entre les mains d’Aviation sans Frontières. Avec ses accompagnements d’enfants malades mais aussi avec ses Cessna Caravan, Aviation Sans Frontières est aujourd’hui un maillon vital d’une chaine de solidarité mondiale. Tout a commencé en 1968, au Biafra, quand des pilotes et des mécaniciens navigants d’Air France ont décidé qu’il fallait agir. Dylan DELTOMBE, lui, loin d’avoir choisi les lignes confortables aux horaires fixes des grandes compagnies aériennes a décidé d’agir.

Entretien avec Dylan DELTOMBE, Pilote chez Aviation Sans Frontières

Avant d’intégrer Aviation Sans Frontières, quel a été votre parcours ?

Je me suis formé en autodidacte. J’avais seize ans lorsque j’ai franchi les portes de l’aéro-club de Valenciennes. La licence de pilote privé en poche, je me suis rapproché de l’aéro-club d’Amiens afin d’y apprendre la voltige aérienne. J’ai ensuite financé progressivement ma formation de pilote de ligne avant de travailler comme largueur de parachutistes.

Suite à quoi avez-vous décidé d’exercer le métier de pilote spécifiquement au sein de cette ONG ?

C’est un ami de l’aéro-club qui m’a fait découvrir Aviation Sans Frontières. J’étais élève-pilote à l’époque mais je nourrissais déjà l’envie de faire mes premières armes dans un environnement moins occidental, plus rustique.
Lorsque j’ai terminé ma formation j’ai immédiatement postulé chez Aviation Sans Frontières. Agir en tant qu’acteur de la chaîne humanitaire me permet aujourd’hui d’acquérir de l’expérience et de la maturité au sein d’une petite compagnie aérienne très professionnelle. L’Afrique en soi reste une terre d’aventure, riche de rencontres, d’échanges et d’événements inattendus. C’est très épanouissant !

Les missions sont fréquemment réalisées dans des conditions difficiles : milieu hostile, météo difficile, terrains de brousse sommairement aménagés. Pour cette raison, chaque mission est réalisée avec deux pilotes.

Quelles missions avez-vous en charge ? Pour ainsi dire, quel est le quotidien d’un pilote chez Aviation Sans Frontières ?

Les missions d’Aviation Sans Frontières sont réalisées par un équipage composé d’un pilote et d’un copilote. Nous vivons sur un campound des Nations Unies pendant plusieurs semaines.
La journée débute par une inspection minutieuse de l’avion. Le Cessna Grand Caravan c’est l’avion passe-partout. Par tous les temps, sur toutes les pistes, un véritable 4×4 ! Il peut transporter une douzaine de passagers ou une tonne de cargo. L’embarquement terminé, nous égrenons les checklists de mise en route. Nous nous alignons sur cette grande piste en latérite de 2000 mètres. Avec des températures de 30-40°C, il faut des pistes longues, même pour les avions prévus pour décoller court. On lâche les freins et, en quelques secondes, nous voilà en l’air !
Nos missions consistent à effectuer un travail logistique pour le compte des Nations Unies et des ONG. Nous exploitons des lignes régulières qui nous permettent de sillonner les villages les plus reculés d’Afrique pour y déposer du personnel et du matériel. La population nous réserve toujours un accueil très chaleureux, tout à leur joie d’assister à un évènement aussi exceptionnel que l’arrivée d’un avion. Un vol de deux heures représente quatre jours de voyage en voiture ou en moto dans des régions où plusieurs groupes armés coexistent.
Six heures après notre décollage nous sommes de retour à la base. Nous sécurisons l’avion et nous préparons la mission du lendemain.
Le reste du temps nous sommes en alerte, prêt à décoller afin d’évacuer en urgence un malade ou un blessé en brousse.

Travailler chez Aviation Sans Frontières, comme dans toute ONG, présente des risques non négligeables (instabilité politique de certains pays, terrorisme etc…). Comment appréhender ces risques lorsqu’on est pilote ? Etes-vous formés à ça ?

Nous avons des procédures de sécurité qui nous permettent d’assurer notre protection. Lorsque l’analyse permet de considérer que la mission est acceptable avec une marge de sécurité, c’est parti ! Par contre, s’il y a un risque pour les personnes, l’avion ou le matériel, tout le monde reste au sol en attendant une amélioration des conditions.

Les groupes armés dans la Province du Nord- Kivu rendent l’approche tactique obligatoire.

Comment devient-on pilote pour Aviation Sans Frontières ?

Aviation Sans Frontières est titulaire d’un certificat de transporteur aérien (CTA) européen et répond ainsi aux mêmes standards que toute compagnie aérienne certifiée. Le candidat doit donc avoir au minimum un ATPL frozen ainsi qu’un certain nombre d’heures de vol. S’il est présélectionné, un entretien ainsi qu’un test en vol sont réalisés. Il est ensuite formé par Aviation Sans Frontières avant son premier départ en mission.

Propos recueillis par Jean-François BOURGAIN

Pour aider Aviation Sans Frontières
4

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *