La voiture volante pour demain : réalité ou utopie ?

Terrafugia avec la TF-X, Zee.Aero avec la « flying car », Aeromobil avec le projet Aeromobil 3.0, PAL V avec sa PAL V Liberty ou encore Ehang avec le modèle 184, les projets de voitures volantes se multiplient. Dans cet article Baptême de l’air, nous vous proposons un bilan sur la faisabilité de ces projets au moment où des industriels de premier plan comme Airbus, Toyota ou Google s’intéressent au sujet.

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L’un des objets les plus photographiés au salon du Bourget 2013 n’était pas un avion, ni un hélicoptère, mais une voiture. Et pas n’importe quelle voiture : la réplique de la DeLorean du film « Retour vers le futur ». Un clin d’œil aux projets de voitures volantes ?

Les voitures volantes passionnent depuis plus d’une centaine d’années (les premiers projets de voitures volantes remontent à 1917), avec des concepts tous plus fous les uns que les autres. La preuve en est la trilogie « Retour vers le futur » qui laissait présager des véhicules volants en 2015 (épisode 2). En vrai, la dure réalité rattrape souvent la fiction. Le concept a certes gagné en maturité, mais ce n’est certainement qu’à long terme que ce marché se mettra vraiment en place.

Un carcan réglementaire à ne pas sous estimer

Force est de constater que la limitation viendra d’abord de la réglementation. Quelques années auparavant, les débuts difficiles des drones ont montré à tous qu’il ne fallait jamais la sous estimer. Actuellement, la plupart des constructeurs visent la catégorie LSA (Light Sport Aircraft) ou encore la catégorie ULM (Ultra Léger Motorisé), moins contraignantes, en ce qui concerne les voitures volantes. L’inventeur Deszo MOLNAR recommande également de se limiter à 3 roues pour profiter d’une réglementation routière assouplie. Malgré tout, à plus long terme, l’horizon s’éclaircit. Si la réglementation automobile restera difficile à contourner, la réglementation aéronautique a montré qu’elle savait tout de même s’adapter aux nouveaux entrants, comme elle l’a fait avec les drones. Preuve en est, la FAA a autorisé Terrafugia à lancer un processus de certification en catégorie LSA alors que leur voiture dépassait la masse maximale autorisée. De plus, le Néerlandais PAL V a annoncé que sa voiture volante « Liberty », croisement entre une voiture à trois roues et un autogire, est en cours de certification.

Des contraintes techniques à résoudre

Viennent toujours ensuite les éternelles questions : des ailes ou un rotor ? Décollage vertical ou horizontal ? « En réalité, il y aura de la place pour tous ces concepts car ils seront utilisés dans des environnements très différents. […] En zone urbanisée dense, il faudra décoller verticalement, au besoin en utilisant des hélisurfaces à disposition, alors qu’une voiture pourvue d’ailes dépliables sera plus efficace pour parcourir des zones plus grandes et moins denses : cela permet de voler plus vite et plus efficacement, et on pourra trouver des pistes de quelques centaines de mètres pour décoller ou atterrir. » m’affirme Maxence LAHAYE, consultant aéronautique. On pourrait aussi imaginer des concepts hybrides à décollage vertical et pourvus d’ailes pour la croisière. Ils auraient de fait un avantage mais, selon les experts, risqueraient de se perdre en complexité en intégrant aussi la fonction voiture. Le problème étant que sans cette fonction « route », ces convertibles se trouveront en concurrence frontale avec les hélicoptères.

Des infrastructures à créer

Décoller depuis une autoroute avec une voiture volante tient plus du fantasme que de la réalité. Même dans le cas d’une certification future de l’EASA (Agence Européenne de la Sécurité Aérienne) ou de la FAA (Federal Aviation Administration), la couleur est déjà annoncée : il serait interdit de décoller d’une autoroute ou de se poser dans son quartier. Alors, que la machine soit équipée d’un rotor ou d’ailes, il faudra trouver une hélisurface pour l’un et une piste pour l’autre. Ceci limite évidemment l’intérêt en zone urbanisée car il n’y existe que très peu, voire aucunes, aérosurfaces accessibles. Il faudra naturellement des années avant de construire un réseau adapté. Mais quel intérêt de posséder une voiture volante s’il faut conduire jusqu’à l’aérodrome le plus proche pour décoller ? Malgré tout, des solutions sont envisagées par les professionnels du milieu. L’idée serait de créer, selon Juraj VACULIK, cofondateur d’AeroMobil, une nouvelle voie réservée aux voitures volantes sur les autoroutes. Si le conducteur est pris dans un bouchon, il lui suffira alors de se rabattre sur la voie réservée, de déployer les ailes et de prendre son envol. Selon eux, les aménagements ne seraient pas très onéreux et les voitures volantes demanderaient moins de 200 mètres pour décoller. Autre piste avancée par les ingénieurs Slovaques en charge de l’Aeromobil : transformer les stations-service en petits aérodromes en les équipant de pistes de décollage. Toujours selon ces mêmes ingénieurs, données à l’appui, leur voiture volante 3.0 aurait seulement besoin de 250 mètres pour décoller et 50 mètres pour atterrir.

Conduire une voiture volante nécessitera des connaissances en pilotage

Reste un dernier obstacle de taille à l’envol de ces véhicules futuristes : conduire une voiture volante nécessitera des connaissances en pilotage, ce qui sous entend un nouvel apprentissage de la part des automobilistes, voire l’obtention d’un brevet de pilotage. De nombreux observateurs du secteur estiment que les constructeurs devraient opter pour une conduite en vol totalement automatique, gérée par un système GPS, ou semi-automatique avec une coopération active de la personne aux commandes.

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Le projet slovaque Aeromobil 3.0, l’un des plus avancés dans le domaine des voitures volantes du futur.

Le pilotage autonome est le choix réalisé par Airbus et son projet de voiture volante électrique modulable Pop-Up. En ce qui concerne du mode manuel, en cas de défaillance du mode automatique, elle nécessitera une formation très sérieuse. PAL-V, outre l’obligation qu’elle imposera à ses acheteurs d’avoir une licence de pilotage et un permis de conduire, proposera également une formation d’une dizaine d’heures de vol accompagné pour une prise en main correcte.

Quel marché pour ces machines ?

La question finale se pose : qui achètera ? La commercialisation de masse n’est pas réaliste à court terme. Ceci ne laisse donc, hormis les clients fortunés, que les sociétés de transport privé. Mais il n’est pas certain que ces sociétés ne choisissent pas plutôt un système de relais entre des voitures classiques et des avions privés, du fait qu’il faille pour le moment rejoindre un terrain d’aviation pour décoller avec une voiture volante. Les prix seront donc, au départ, prohibitifs : plusieurs centaines de milliers d’euros pièce, sans compter le prix de la formation. Chez PAL V, on annonce d’ores et déjà les montants à débourser. Le prix de la « Liberty » en fait encore un véhicule de luxe. Le Liberty Pioneer, version haut de gamme toutes options (chauffage, doubles commandes, intérieur fait main…), est vendu 499 000 euros HT, dont 25 000 euros pour la réservation. Le liberty Sport est un peu plus accessible à 299 000 euros HT, dont 10 000 euros à la réservation. Dans un premier temps, PAL V prévoit de produire une centaine d’engins courant 2018.

Parmi les concepts qui foisonnent actuellement, probablement peu verront réellement le jour. Au-delà du rêve, le potentiel reste bien réel, comme en témoigne l’intérêt et le soutien de grands noms industriels (Airbus, Toyota, Larry Page…). Le concept est porteur de valeurs, passionne et devrait logiquement aboutir. Néanmoins, les voitures volantes répondront à un vrai besoin. « Le nombre de voitures augmente de façon exponentielle avec la Chine et l’Inde. Inévitablement, il faudra investir la 3ième dimension sous peine d’asphyxie. » selon Michel AGUILAR, ingénieur militaire.

Dans tous les cas, lorsque des baptêmes de l’air en voiture volante seront proposés, nous ne manquerons pas d’écrire dessus !

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